CANNELLE. La justice a rendu une ordonnance de non-lieu en faveur du chasseur René Marquèze qui avait tué l'ourse.
PAS DE PROCES
Déception et indignation animent aujourd'hui le milieu de la protection de l'environnement. Personne ne comprend la décision du juge d'instruction Jean-Luc Puyo qui assigné jeudi une ordonnance de non-lieu pour René Marquèze.
Le procès n'aura donc pas lieu entre le chasseur, auteur de coups de feu mortels sur un animal protégé, le 1er novembre 2004, et les associations de défense.de la nature. Sauf si la chambre d'instruction réexamine le dossier et décide de juger l'affaire. D'ores et déjà, certaines ont dit qu'elles feraient appel de la décision comme la Sepanso et le Fonds d'intervention éco-pastoral.
L’ours est-il protégé ? Pour Gérard Caussimond, président du Fiep, « c'est pire scénario qui puisse arriver. Je suis totalement écœuré. C'est à se demander si l'ours est encore un animal protégé ? A partir du moment ou les gens peuvent aller chasse là où il y a une femelle suitée ! »
Etat de nécessité. L'ordonnance de jeudi stipule que le chasseur, au courant de la présence de la femelle, s'est trouvé en état de nécessité de tirer quand il a vu l'ourse. Tout le débat se situe sur cette battue des chasseurs, estimée inopportune par les parties civiles. Selon Jean-François Blanco, avocat du Fiep et de France Nature Environnement, «cette ordonnance réduit à néant un système basé sur la confiance : les chasseurs ne doivent pas chasser sur des zones à ours. La fédération de chasse s'y était engagée. »
Avaient le droit de chasser. La justice n'a pas tenu compte de ce contrat moral qui existe depuis des années dans les Pyrénées. Le procureur de la République, Eric Maurel, dont les réquisitions ont été reprises dans l’ordonnance, explique que «oui, les chasseurs étaient au courant que l'ourse était là, mais oui, ils avaient le droit de chasser et n'ont commis aucune effraction au droit de la chasse. La convention existe mais il n’y a pas d'incidence juridique de cette convention». Eric Maurel reconnaît cependant que René Marquèze, « en tirant sur l'ourse a commis une infraction, un délit.»
Les chasseurs satisfaits. Pour Bernard Placé, président de la fédération de chasse des Pyrénées-Atlantiques, cette ordonnance est une bonne décision. «J'ai toujours considéré, dit-il, que c'était un accident ; que cette ourse ne devait pas se trouver là.»
Pour le patron des chasseurs, il est établi que Cannelle a bel et bien été dérangée «par des photographes ou des pseudo-amis des ours qui passent leur temps à courir après eux pour faire du sensationnel.» : «Cette ourse était dans une zone de réserve, jusqu'au moment où elle a été mise en fuite.»
Une réaction qui ne surprend pas Maître Blanco, persuadé que la décision est politique. « On soigne le lobby des chasseurs en ce moment », dit-il.
Ailleurs, le 11 janvier, à Chambéry, la cour d'appel de Savoie a relaxé un berger qui avait abattu un loup.
(Sud-Ouest 20 janvier 2007 - Odile Faure)
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